Logique du pire

namethumb_w600px_img_event_963c0091-71d7-4fac-af65-99a220e4a6fd © Théâtre de la Bastille
  • Contemporaine (Danse)

Théâtre de la Bastille (Paris)

76 Rue de la Roquette
75011 Paris

4 oct. 2017 - 14 oct. 2017

octobre 2017 :

  • Mercredi 4 de 19:30 à 21:00
  • Jeudi 5 de 19:30 à 21:00
  • Vendredi 6 de 19:30 à 21:00
  • Samedi 7 de 19:30 à 21:00
  • Lundi 9 de 19:30 à 21:00
  • Mardi 10 de 19:30 à 21:00
  • Mercredi 11 de 19:30 à 21:00
  • Jeudi 12 de 19:30 à 21:00
  • Vendredi 13 de 19:30 à 21:00
  • Samedi 14 de 19:30 à 21:00

Sans fard et sans retenue

Étienne Lepage et Frédérick Gravel ont quelques points communs : ces deux Canadiens, respectivement auteur et chorégraphe, aiment penser la scène comme un espace de jeu où faire cohabiter des fragments de texte, des sons et des corps. Ils partagent un goût affirmé pour la combinaison de la réflexion et de l’émotion. Avec « Logique du pire », ils signent leur deuxième collaboration en tant que metteurs en scène.

Leur précédent spectacle s’appelait « Ainsi parlait… », en référence à Nietzsche. Celui-ci s’inspire de Clément Rosset qui, dans son livre « Logique du pire », s’interroge sur la possibilité d’une philosophie tragique qui dissoudrait l’ordre apparent et affronterait le chaos.

La traduction scénique s’incarne dans cinq interprètes qui habitent nonchalamment un plateau quasi nu et déroulent de courts textes corrosifs mettant en scène des personnages dans des situations d’abord banales, mais qui, poussés dans leurs retranchements logiques, basculent dans l’extrême : une femme se trouve face à une porte qui ne veut pas s’ouvrir et finit par transpercer le crâne de celui qui se trouve derrière ; un homme, accro au sexe, en vient à mettre son membre en charpie à force de se masturber ; une femme énumère les raisons de se sauver en courant… Tantôt les monologues se transforment en dialogues – ou plutôt en jeu de questions-réponses – tantôt, ils passent de l’un à l’autre comme dans un relais.
C’est parfois drôle, souvent acide, parfois délirant, souvent foisonnant, parfois intime, raconté comme une confidence, souvent cru, exposé sans fard et sans retenue : les personnages énoncent leurs faiblesses, s’affirment comme de mauvais amis, de mauvais « chums », de mauvais fils et pour finir, de mauvais humains. Ici la pensée est comme un sport de combat qui ne laisse personne au repos, et la vie une farce féroce et cruelle qu’il vaut mieux affronter stoïquement.

Les interprètes, dans le détachement qu’ils ont à énoncer des horreurs, pourraient être effrayants. Il n’en est rien. Car ces êtres ici cherchent simplement, avec une forme d’indifférence ou de candeur, sans filtre, à comprendre et raconter ce qui leur arrive. Perdus, insouciants, désinvoltes, tranquilles ou désabusés, ils observent les situations comme des choses surprenantes et désarmantes, tels des enfants devant le grand jeu compliqué qu’est la vie. Ils sont affreux, souvent, mais jamais méchants et, selon un mode cathartique, permettent de savourer que soient énoncés à voix haute les petits travers, les grandes hontes et les défauts mesquins habituellement remisés sous le tapis. Le paradoxe réjouissant de cette pièce est ainsi de vanter la cruauté et la « logique du pire » comme principes de vitalité en livrant un spectacle qui n’est jamais ni cynique ni pessimiste : se confronter au pire permet au contraire de le déminer.
L. D. pour le Théâtre de la Bastille

Référencement web par DanseAujourdhui

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