Sharon Eyal – Love Chapter 2 : « bien mais peut mieux faire… »

Après OCD Love (repris cette saison au théâtre de Chaillot), la chorégraphe israëlienne Sharon Eyal présente Love Chapter 2, le deuxième volet de son Love Cycle.

 

Photo : André Le Corre

Photo : André Le Corre

Chorégraphie : Sharon Eyal, avec Gai Behar
Musique : Ori Lichtik
Lumières : Alon Cohen
Costumes: Odelia Arnold, Rebecca Hytting, Gon Biran
Avec Gon Biran, Darren Devaney, Rebecca Hytting, Mariko Kakizaki, Daniel Norgren-Jensen et Keren Lurie Pardes 

 

La pièce est portée par la très bonne musique électronique performée en live par Ori Lichtik.  Sur un simple beat, assez lent, trois danseurs et trois danseuses apparaissent dans la pénombre. Les mouvements, très lents au départ eux aussi, accélèrent assez rapidement : nous voilà partis !

Et très vite je ressens une gêne : à l’évidence, la chorégraphe a prévu de grands mouvements d’ensemble, dont se détachent parfois un ou deux interprètes pour y revenir ensuite (ça me fait très vite penser à certaines pièces d’Anne Teresa de Keersmaeker sur ce point).

Mais là, on dirait plutôt le jeu des 12 erreurs : il y a toujours (vraiment toujours !) quelqu’un qui n’est pas synchrone avec le reste du groupe. Et même pour ceux qui le sont, les mouvements eux-mêmes ne sont pas calés, avec un bras, demain, une jambe, une courbure, le torse, la tête, un déhanché, une main, un plié qui ne sont pas alignés. Et ça nuit fortement à la beauté de l’ensemble. Très dommage à mes yeux…

Je demande s’il s’agit d’un manque de travail (certains interprètes n’ont peut-être rejoint cette pièce que récemment ?), ou d’un manque de rigueur de la part de la chorégraphe. Sharon Eyal explique choisir ses danseurs en fonction de leur personnalité qu’elle veut entière (comme la sienne). Peut-être se satisfait-elle de les voir ainsi interpréter à leur façon les mouvements qu’elle a créés. L’acceptation des imperfections pour mieux montrer combien une troupe de danse réunit un ensemble de personnalités forcément différentes ?

Alors qu’une certaine monotonie pourrait commencer à s’installer, à 10 minutes de la fin, la musique s’enrichit d’une chanson espagnole et de rythmes de danse de salon, du flamenco me semble-t-il. Les mouvements de danse s’y adaptent très joliment et s’enrichissent de cette nouvelle tonalité jusqu’à la fin, même si la chanson disparaît et que l’électro reprend ses droits.

En revanche, le final n’est pas un, les danseurs dansent encore quand le rideau se ferme, comme si la chorégraphe n’avait pas su comment (ou pas voulu) faire aboutir sa pièce…

Personnellement, je reste frustré par ce que je considère comme une mauvaise exécution, pas suffisamment calée. Mais la salle est très majoritairement enthousiaste : applaudissements, hurlements, grands bravos, téléphones en pagaille, standing ovation, etc. Ce soir, Sharon Eyal a enthousiasmé Chaillot !

The R !

( Vu au Théâtre National de Chaillot le 8 juin 2019)

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