Pina Bausch, 1980 — Une pièce de Pina Bausch, une citation

g_TdVPina02


Décor: Peter Pabst
Costumes: Marion Cito
Dramaturge: Raimund Hoghe
Collaboration: Hans Pop
Directeurs de répétition: Lutz Förster, Dominique Mercy
Assistante de répétition: Bénédicte Billiet
Directrice de ballet (invitée): Janet Panetta
Avec: Regina Advento, Ruth Amarante, Mechthild Großmann, Lutz Förster, Barbara Kaufmann, Ditta Miranda Jasjfi/Cristiana Morganti, Daphnis Kokkinos, Eddie Martinez, Nazareth Panadero, Helena Pikon, Jean-Laurent Sasportes, Franko Schmidt, Azusa Seyama, Julie Shanahan, Julie Anne Stanzak, Michael Strecker, Fernando Suels Mendoza, Aida Vainieri, Tsai-Chin Yu
Magicien: Rainer Roth
Gymnaste aux barres parallèles et un violoniste.
Musique: John Dowland, John Wilson, Ludwig van Beethoven, Claude Debussy, Johannes Brahms, Edward Elgar, Francis Lai, Benny Goodman, Comedian Harmonists… première 18 mai 1980, Schauspielhaus Wuppertal

D’abord une grande pelouse. Dans le fonds, une biche nous regarde. Des projecteurs et un vieux téléviseur complètent le paysage. Va-t-il s’agir de déjeuners sur l’herbe ? D’amours et d’herbes folles peut-être ?

Erreur ! La pièce est dure. Elle touche au cœur. 
Elle commence sur un ton mi figue mi raisin d’ailleurs : un homme mange dans une soupière ‘une cuillère pour papa, une cuillère pour … ». Cela pourrait être drôle mais je ressens un pincement, comme une nostalgie de ce qui n’est plus. Comme le dira plus tard un autre personnage : « on espère qu’il n’a pas une trop grande famille ».

Une femme aussi est entrée sur scène et fête son anniversaire : « happy birthday to me ». C’est beau, là aussi drôle, mais d’une profonde tristestesse. La musique de Purcell, magnifique, ne pousse pas à la joie non plus.

Plus tard, « Combien de cicatrices avez -vous et où ? » demande un homme au groupe.
Et chacun de répondre. Comme dans les cours de récréation, il faut avoir eu plus mal que les autres. C’est drôle donc, encore. Mais c’est terrible aussi : chacun d’entre nous a des cicatrices, et n’écoute pas le récit des autres. Plus tard dans la pièce, une scène ou 3 lauréates pour gagner doivent avoir souffert plus que les autres.

C’est une pièce sur les souvenirs et sur la perte. Souvenirs d’enfance, souvenirs d’amours. Les personnages semblent nous dire ‘sinon l’enfance, qu’est-ce qui n’est plus ?’, ‘sinon l’amour, qu’est ce qui n’est plus ?’. Il y a des scène où l’on s’esclaffe : « Moi je me sens très Sarah Bernard se soir », dit une danseuse assez hommasse, « plutôt Bernard que Sarah d’ailleurs ». Et des mots magnifiques comme les gestes de danse : « Ce morceau de pelouse est large de 5 ou 6 baisers ».

Il y a des scènes d’amour, des parties de pêche sensuelles, des scènes d’amour sur herbe. Bonheurs.

Ah la farandoles des danseurs et danseuses de Pina Bausch… L’une propose du thé aux spectateurs, « would you care for a cup of tea? Sugar? Milk? », amour toujours, une profonde compassion pour l’être humain (il faut en avoir pour servir du thé dans les rangs d’un théâtre parisien).

1980 s’achève et Pina mélancolique ne veut pas nous quitter sans espoir. Alors encore » une danseuse dit
« Ce morceau de pelouse est large de 5 ou 6 baisers »…et puis un danseur conclu « est-ce qu’il y a quelqu’un ? ».

Sinon Pina, qu’est-ce qui n’est plus ?
Avril 2012, F*

PS Je lis le livret après la pièce et découvre que Pina a écrit cela au décès de son conjoint. Tout s’éclaire. C’est terrible et magnifique. Mort, disparition, souvenir, amour.

PS2 Abonnez-vous à la newsletter de www.danseaujourdhui.fr si vous voulez reçevoir des nouvelles des spectacles de la compagnie de pina bausch !

1 Commentaire

  1. ce morceau de pelouse est large de cinq ou six baisers…

Répondre