Michel « Meech » Onomo, précurseur du mouvement Ghost Flow à la Maison Daniel Féry

Meech, solo

Pour la première édition du festival « Premières Scènes Hip-Hop » de la Maison Daniel Féry à Nanterre, j’ai rencontré Meech, artiste hip-hop, précurseur du mouvement Ghost Flow qu’il présentera en solo le vendredi 27 novembre prochain.

Comme je l’ai précisé dans l’article « Qu’est-ce que le hip-hop ?», il existe à peu près autant de styles de danse hip-hop que de danseurs. Meech a décidé de donner un nom au sien, de le transmettre à d’autres danseurs et de le populariser auprès des spectateurs.

 

Genèse du Mouvement Ghost Flow

D’abord danseur de rue, Michel Onomo aka Meech rencontre la création artistique dans les théâtres. Au fur et à mesure de ses rencontres dans le milieu, que ce soit sur scène, en studio ou dans la rue, il développe une gestuelle, des mouvements issus à la fois de la culture hip-hop et de la danse africaine. Cette gestuelle, Meech l’a appelée Ghost Flow. Il s’est imprégné des différents aspects de la danse hip-hop, des battles, de la rue, de la chorégraphie pour écrire ce mouvement particulier qui lui est propre.

Au début, c’était le « style de Meech », et puis le temps est venu de nommer ce mouvement. « En lui donnant un nom ça me permettrait d’être identifié, pas seulement en tant que Meech mais aussi en tant que mouvement particulier ». Il s’agit d’inscrire le Ghost Flow dans le mouvement hip-hop, de lui donner une légitimité et d’en assurer la transmission, sachant qu’elle est déjà bien entamée puisque Meech a déjà plusieurs élèves de générations différentes, aux quatre coins du monde qui apprennent avec lui l’essence du Ghost Flow et participent à son développement.

 

Pourquoi le nom de Ghost Flow ?

Traduit littéralement, Meech me dit que ça pourrait paraître un peu effrayant. Un mouvement de fantôme ? Non. Enfin pas exactement. La question est un peu plus psychologique et philosophique. L’idée est de rentrer dans son intériorité, dans son âme et d’y puiser une expérience profonde pour l’intégrer au mouvement. « Y mettre la force pure » et faire ressortir une énergie propre à celui qui effectue le mouvement. L’important est d’y joindre des « effets » empruntés au hip-hop allant de l’effet soudain d’impact à l’effet de glissement, plus doux et jouant sur la sensibilité. Meech me dit que le Ghost Flow s’inspire également de Thriller, clip légendaire de Michael Jackson où l’on voit des morts vivant qui marchent de manière instable avec des mouvements saccadés et tremblants.

 

Une création en solo, dédiée à ce nouveau mouvement 

Trois créations Ghost Flow ont déjà été conçues par ses interprètes, avant même qu’il s’y colle. C’est en discutant avec Sandrine Deguilhem, programmatrice de la Maison Daniel Féry et Garde-Robe, un bureau de production, que Meech décide de créer un solo en tant qu’initiateur du mouvement Ghost Flow pour l’ouvrir à un public plus large.

Un véritable langage chorégraphique s’est créé au fur et à une mesure du développement du Ghost Flow : une « barre de mouvements et d’énergies » et pour le solo une « barre musicale » (par « barre », Meech entend « partition »). Une musique « fractalisée », très martelée se caractérisant par des effets de réverbérations, qui s’inspire de la musique trap et de la musique afro ancestrale. Cocktail explosif que j’ai pu apprécier lors de la répétition. A découvrir absolument le 27 novembre 2015.

 

Le processus de création de la pièce retient mon attention, c’est une méthode originale qui en dit long sur la relation de la musique et des danses hip-hop.

En hip-hop, la musique est indissociable de la danse. C’est le point de départ du mouvement, de l’improvisation. Pour le solo Ghost Flow, Meech crée la musique avec Frank II Louise, « l’Homme-orchestre » pour Meech, grand pionnier du hip-hop en France, il est un des premiers a créer des pièces chorégraphiques hip-hop et compose en musique pour beaucoup de chorégraphes comme Mourad Merzouki.

Meech a d’ailleurs fait partie de la compagnie de Franck II Louise, pour la re-création de Drop-It notamment dont voici un extrait :

Frank II Louise a donc composé la musique en live pendant que Meech créait son solo. C’est dans un second temps seulement que la musique est écrite et enregistrée pour les futures représentations de Ghost Flow. C’est intéressant de voir à quel point la musique inspire et transcende le mouvement dansé en hip-hop. Elle est une source d’inspiration première pour la rythmique, pour le ressenti du danseur et celui du public mais elle ne doit pas être une contrainte. C’est pourquoi la création s’est faite en live, pour se laisser transporter par la musique sur l’instant présent et non en forçant le processus en adaptant la chorégraphie sur la musique. Cette méthode de création, Meech semble l’apprécier et vouloir l’utiliser pour ses prochaines créations, elle est proche de lui, crée une connexion sensible avec la musique.

 

Ghost Flow c’est un peu une création via l’instant présent. Qu’en est-il alors de la part de l’improvisation ?

LA grande question dans la création hip-hop : la part de l’improvisation, le « Freestyle ». Meech m’explique qu’il part énormément de l’improvisation. Pour le solo, la question est en réalité assez simple puisque la pièce évoque l’écriture d’un mouvement que Meech vit et au jour le jour. Plusieurs tableaux révèlent le processus de création du Ghost Flow. Une grande part écrite fait écho à l’improvisation, un passage dans le solo est d’ailleurs consacré au moment, à l’instant présent. L’improvisation fait donc partie intégrante de ce solo par touches, entre deux tableaux, parce qu’elle est propre au Ghost Flow et au hip-hop.

 

Un artiste hip-hop plus qu’un chorégraphe ou un danseur

Meech_Ghost Flow ©Maison de la Musique

Meech pendant la répétition de son solo Ghost Flow ©Maison de la Musique

« Je pense que tout danseur est chorégraphe ». Finalement, pour lui, le terme de chorégraphe est une case, comme celle du danseur. Je note qu’en danse hip-hop, la figure du danseur se substitue rarement à celle d’un simple interprète. Les danseurs sont un peu chorégraphes puisqu’ils créent et développent leur style, ils sont avant tout artistes. Je remarque également chez les danseurs hip-hop en général et Meech en particulier l’importance accordée à la transmission de leur savoir. Il me dit même que son objectif avant même d’être danseur, c’était d’être professeur. En cela, la création chorégraphique a un réel impact sur sa manière de transmettre, parce qu’il a réussi à mettre des mots sur le mouvement Ghost Flow. « Je me découvre une nouvelle nature dans ce solo, je découvre une nouvelle sensibilité ». La création de ce solo est une nouvelle étape dans sa carrière de danseur, un dépassement de soi qui se ressent dans sa danse, dans les battles et dans son enseignement.

Meech n’en est cependant pas à sa première création, il commence en 2007 avec une pièce « Âm’Nimale » en 2007 qui fait une tournée internationale. A ce moment, je touche un point qui va se révéler être un problème pour la nouvelle création en danse hip-hop. Les lieux qui diffusent de la création hip-hop nouvelle génération sont aujourd’hui rares en France tandis qu’à l’étranger, elle est reçue avec beaucoup plus d’enthousiasme. Meech m’explique que lorsque qu’on arrive avec quelque chose de nouveau en France, un nouveau mouvement dansé, c’est difficile de le faire monter sur scène. Le Krump a eu de la chance parce que le film Rize de David LaChapelle qui lui a permis d’entrer dans l’univers culturel français et d’en faciliter la programmation sur scène. Un lieu comme la maison Daniel Féry est donc un véritable vivier de la nouvelle scène hip-hop, et les Premières Scènes permettent de mettre en valeur ces artistes et de les encourager à poursuivre leurs réflexions et leurs projets.

Autre création de Meech, « The 7th Element » en 2012

THE 7TH ELEMENT – CIE MICHEL ONOMO from GARDE ROBE on Vimeo.

 

Pour voir « Ghost Flow » de Meech le 27 novembre 2015, réservez ici.

Programme du Festival Les Premières Scènes (cliquez sur la date pour réserver) :

– Ghost Flow, Michel « Meech Onomo » / Basic, Ousmane « Baba » Sy Vendredi 27 novembre 2015
– Weakness, Philippe « Physs » Almeida / Duo Soria Rem et Mehdi Ouachek Samedi 28 novembre 2015
– Brunch Hip-Hop, goûtez à l’esprit hip-hop pour un moment convivial ! Entrée libre Dimanche 29 novembre 2015

LE PLUS : Samedi 28 novembre 2015, de 18h30 à 19h30 une Conférence dansée est animée par Meech. « Le Hip-Hop nouvelle génération. De l’émergence à la maturité, la danse hip-hop s’est transformée et exportée au contact d’une diversité. » Entrée libre, sur réservation

Image à la une : Michel « Meech » Onomo pendant la répétition de son solo « Ghost Flow » à la Maison Daniel Féry.

Julie Gortani
Chargée de communication
julie.gortani@gmail.com

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