« La danse allemande », conférence au Théâtre de la Ville, 5 octobre 2009

La première conférence sur l’Histoire de la danse du XXe siècle, un nouveau cycle conçu par l’équipe des relations avec le public du Théâtre de la Ville, est consacrée à la danse allemande.

La conférence consiste en une présentation, un film et un débat (durée : 2 heures environ ; entrée libre) et est animée par Sonia Schoonejans, historienne, critique, réalisatrice de films de danse – en particulier de la série « Un siècle de danse » pour Arte, dont un épisode illustre la conférence de ce soir. Vu l’affluence (plusieurs centaines d’auditeurs attentifs), on ne peut que féliciter l’équipe du Théâtre pour cette initiative !

Difficile de résumer une conférence aussi riche en quelques paragraphes. D’autant que même si le propos de la conférencière était émaillé de « vous savez tous… », « tout le monde connaît… », et bien non, justement pas, je ne suis pas un spécialiste, et c’est d’ailleurs pourquoi j’ai suivi son exposé avec autant d’intérêt ! J’espère donc ne pas dénaturer son propos en le synthétisant…

La « danse expressionniste », ou « danse libre », qui aboutit à la « danse-théâtre » (Tanztheater), trouve ses origines dans les travaux de François Delsarte, qui dès le milieu du XIXe siècle, s’intéresse au mouvement et étudie « les liens existant entre le geste et l’émotion, entre une sensation et son expression physique ».

Il s’agit alors de sortir du carcan du ballet classique, de refuser la tradition et de rechercher la nouveauté, de casser les codes et d’oser danser pieds nus, par exemple… comme la danseuse Isadora Duncan, américaine qui créa une école à Grunewald en Allemagne.

Essentiel fut l’apport à la danse moderne allemande de Rudolf Laban, danseur, chorégraphe, pédagogue et théoricien de la danse, avec son travail sur le mouvement, qu’il définit par rapport au temps, à l’espace et au poids. Pour lui, c’est le mouvement qui définit le rythme ; c’est le danseur qui définit l’espace (un espace sphérique qui se déplace avec le danseur) ; et en jouant avec le poids autrement qu’en essayant de le vaincre, il marque encore davantage sa différence avec la danse classique qui mise tout sur la verticalité. Il inventera la Kinétographie, encore utilisée aujourd’hui pour « lire » ou « écrire » des chorégraphies.
Comme Kandiski et les membres du groupe de peintres expressionnistes Der Blaue Reiter, il défend que le geste procède d’un besoin intérieur ou d’une urgence.

Une de ses élèves les plus fameuses est Mary Wigman, danseuse qui créera sa propre école à Dresde, et dont le solo le plus célèbre est « La Danse de la Sorcière » (Hexentanz).

Autre personnalité très influente dans l’avènement de la danse expressionniste allemande, Kurt Jooss a travaillé avec Rudolf Laban. Danseur, chorégraphe et pédagogue, il fut notamment le professeur de Pina Bausch. Il a fondé les « Ballets Jooss » et fit représenter en 1932, en pleine montée du nazisme, sa pièce maîtresse, « La Table verte » (Der Grüne Tisch).

Pina Bausch, imprégnée des concepts de Laban et forte de sa formation en danse à la fois classique et moderne, s’enrichira d’un séjour de 2 ans à New York, au contact des chorégraphes américains et du mouvement minimaliste représenté en musique par Philip Glass ou Steve Reich.

De retour en Allemagne, elle se met rapidement à la chorégraphie et enseigne la danse à la Folkwang-Hochschule à Essen. En 1972, elle rejoint le centre artistique de Wuppertal, qui porte aujourd’hui son nom, le Tanztheater Wuppertal Pina Bausch.

Pina Bausch ouvre son travail à ses danseurs, avec lesquels elle partage bientôt toutes les questions qu’elle se pose à elle-même, tous les doutes qui la traversent, et elle construit ses spectacles avec eux, à partir de leurs réponses. Où l’on retrouve le souci d’exprimer les émotions par le mouvement…

Il y aurait tant à dire sur Pina Bausch et son œuvre, tant elle est plus proche de nous et tant elle me touche… Mais je m’arrête là, en laissant toutes ces portes ouvertes vers une meilleure compréhension de la danse moderne et contemporaine allemande – et en attendant avec impatience la prochaine conférence, sur la danse moderne américaine cette fois-ci, normalement prévue pour le dimanche 6 décembre à 11h, au Théâtre de Ville place du Châtelet, entrée libre (attention, date à confirmer).

The R !

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