Kaori Ito rencontre les spectateurs de DanseAujourdhui

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Kaori Ito est venue à notre rencontre le 27 mai dernier à la maison du Japon.

Vêtue d’une robe rose poudrée, l’artiste s’est  mis au défi de mémoriser tous nos prénoms… et leur signification.

Nous lui avons donc retourné la politesse…

Kaori, est un nom de princesse,  Ito, celui d’une tribu Samouraï nous annonce d’emblée la jeune chorégraphe, danseuse…vidéaste…dessinatrice. Le ton est donné.

Derrière la délicatesse de ses petites mains, on sent toute la force de sa volonté.  Kaori Ito dit se « méfier des mots », mais c’est une conteuse hors-pair, qui sait mêler l’humour à la fantaisie pour se raconter, en français.

Les débuts de Kaori Ito

« Quand ma mère avait 20 ans elle était venue à Paris à l’Opéra et elle s’était dit, je crois que ce serait bien pour ma fille …

 Quand j’étais bébé, sur les genoux de ma mère, je sautais très fort, je lui faisais mal, car mes jambes étaient très fortes. Alors elle m’a dit, si tu veux sauter plus, il faut sauter ailleurs »

J’ai commencé la danse classique à cinq ans. Je me suis rapprochée dès le plus jeune âge de la culture européenne. Je voyais Sylvie Guillem, c’était mon idole. Alors j’ai appelé mon chien Sylvie. Parce que je voulais prononcer son nom : Sylvie ! Sylvie !

Comme je me suis formée à la danse classique, mon centre est très haut, pas comme les autres danseuses japonaises.

Ma famille était artiste, mon père et ma mère sont sculpteurs, mon frère est peintre. Chez moi c’était une maison bizarre, on se sentait hors de la société.

Moi j’étais différente. Je pensais qu’on pouvait respirer dans une piscine mais j’ai vite vu que ça ne marchait pas… !! Je pensais aussi qu’on pouvait grandir sous la pluie….

New-York – Paris – Tokyo, Kaori Ito parcourt le monde

Quand j’ai voulu aller me former à l’étranger après mes 18 ans, j’ai demandé à un ami, critique d’art, qui m’a dit : « Kaori ton énergie c’est plutôt New-York ».

Direction l’Etat du Maine. Et une formation très multidisciplinaire, arts visuels, sculpture, capoeira.

Plus tard avec Alvin Ailey, il y avait quelque chose de très animal qui m’a plu. Chaque cours était une sorte de fête.

Retour à Tokyo pour un dernier diplôme en Sociologie

Je travaillais très dur pour les études. Et je travaillais aussi pour payer mes études dans un magasin de vidéos érotiques. Ca m’a beaucoup plu, il y avait beaucoup de sources d’inspiration. J’étais dans la rue en kimono avec un micro et je devais faire comme si rien n’était érotique dans le magasin ! Dans la rue je voyais des modes nouvelles chaque semaine, il y avait aussi beaucoup de fous. Une femme qui restait dans une cabine téléphonique toute la journée.

Les rencontres de Kaori Ito

Après NY je suis partie trois mois avec mon sac à dos en Europe. J’avais un livre en Japonais sur « la nouvelle danse française » et j’avais souligné tous les chorégraphes avec qui je voulais travailler. Je les avais choisis par les images….

Découfflé, Preljocaj, Platel, De Keersmaeker, Jan Fabre

Mais c’était l’été je suis arrivé à Gand, tout était fermé.

En 2003 la productrice de Philippe Découfflé, dont j’avais suivi l’atelier, m’a proposé un deuxième atelier. J’ai dit non, sauf si c’est payé.

En fait il s’agira de l’audition pour le spectacle Iris. Premier travail, et tout de suite la tête d’affiche.

Après Iris, Kaori Ito intègre la troupe d’Angelin Preljocaj

Avec Angelin, on commence par regarder par terre. Chaque pas a des placements avec des scotchs marqués au sol. Et tous ces repères changent suivant le lieu ou l’on se produit. Tout est écrit avec la technique de Benesh (grammaire pour la notation du mouvement).

C’était un groupe très motivé, il y avait un esprit de jeunesse, je provoquais beaucoup d’activités de groupe ;

Nouvelle rencontre celle de James Thierrée qui l’appelle de Sydney et lui propose un rendez vous au Théâtre de la Ville

Je suis allée au café, en fait c’était pour une audition et je ne savais pas. Alors j’ai emprunté un t-shirt et j’ai auditionné en culotte. Je ne sais pas si c’est pour ça que j’ai été prise.

Je me suis beaucoup accrochée à lui pendant cette audition, et ça lui a plu ! Ou peut être que c’était lui qui cherchait que quelqu’un s’accroche à lui.

Après on est tombé amoureux. On a beaucoup travaillé, c’était compliqué, travailler et être en couple.

« Au revoir parapluie », ce spectacle c’est un peu comme si c’était notre enfant

Chaque rencontre est touchante

Avec Sidi Larbi Cherkaoui on s’est rencontrés à Paris. Il y a eu un incendie dans l’hôtel où je logeais. On a du sortir pendant trois heures la nuit, place du Chatelet. Je ne le connaissais pas, un ami me l’a présenté, et on a passé toute la soirée dans un club avec des blacks qui avaient des pénis et des serviettes….et on a bu des verres.

Aurélien Bory

Pour le spectacle Plexus il avait eu l’idée d’un double de moi. Une marionnette qui me ressemblait et puis à la fin elle ne me ressemblait plus du tout ! On l’a laissée tomber et on a gardé les fils. Aurélien voulait me mettre dans une condition de contrainte maximum, mais j’ai réussi à me libérer. C’était une création très mature, très respectueuse.

Très différent d’avec Alain Platel, où on est très gâté, on compte beaucoup sur lui.

« Bouger, c’est quelque chose que je travaille beaucoup en ce moment, comment toucher quelqu’un sans faire grand-chose »

Je danse parce que je me méfie des mots. Il ya des résonnances entre les paroles, il y a beaucoup de choses qui se passent qu’on ne peut exprimer que par la danse

Le moteur de mon mouvement c’est le plexus, mais il y a quelque chose qui est bloqué ici en moi, une violence qui ne lâche pas

Dès le début mon but a été de créer quelque chose à moi. Je veux faire autre chose qu’être une belle interprète japonaise.

Tsunami

Quand je revenais à Tokyo ce n’était toujours que pour quelques jours, ça me faisait peur de revenir c’était trop émotionnel trop mélancolique

En mars 2011 j’ai pris du temps, et je suis parti trois semaines. Ma mère m’avait annoncé une grande réunion familiale.

Mon père nous a alors raconté qu’il avait été marié, avant de se marier avec ma mère. J’ai donc une demi sœur et un demi frère.

Après ce premier tsunami familial la première semaine, la deuxième semaine c’est le tsunami de Fukushima qui s’abat sur le Japon

Refaire le lien avec mon pays passe par mon père. Il représente mon pays

Dans son nouveau spectacle « Je danse parce que je me méfie des mots », Kaori Ito dansera et dialoguera sur scène avec son père.

Je pensais que j’étais très isolée, très déraciné, mais en fait non, les gènes sont là, c’est la découverte entre nous

Il y a des mots qui évoquent des résonnances, des silences. C’est comme l’espace qui me fait danser, ce n’est pas moi qui danse. Par les mots je fais deviner tout ce qui est derrière, qui est entre les mots.

Rencontre animée par Catherine Zavodska, DanseAujourdhui, avec la collaboration de Frédérique Lebel, journaliste

Les spectateurs et Kaori Ito ont été chaleureusement accueillis à la Maison de la Culture du Japon (voir le site officiel de la MCJP), le 27 mai 2015

Voir le site officiel de Kaori Ito

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