Jan Martens – un regard, une posture – portrait de chorégraphe

Jan-Martens-pour-DanseAujourdhui©Laurent-Paillier-formatHD

Jan Martens a le regard pénétrant de celui qui écoute. Le théâtre est pour lui le lieu de la révélation tant pour les interprètes et que pour les spectateurs. Jan Martens nous tend une main fraternelle. Il enveloppe de son amour l’humanité pour transmettre une énergie propre à transformer nos vies. Jan Martens est une personnalité exceptionnelle à suivre.

Lycéen, il découvre As long as the world needs a warriors soul de Jan Fabre. Homosexuel naissant, il est stupéfait par comment les performeurs assument leur corps. Cette expérience est fondatrice, il choisit la voie du danseur professionnel en Flandres d’abord, puis aux Pays-Bas. Là, au pays du Nederlands Dans Theater, de la danse néoclassique bénie par J. Kylian, il réalise à quel point la Belgique est riche de la diversité de ses artistes contemporains. Jan Fabre, Anne Teresa De Keersmaeker, Wim Vandekeybus, Jan Lauwers, Alain Platel… ont fertilisé le terreau sur lequel les artistes du spectacle vivant peuvent prendre racine. Merci au vidéaste Thierry de Mey qui a merveilleusement mis en vidéo le travail de A.T. De Keersmaeker. La pièce Fase fut aussi un électrochoc. Les plateformes vidéos sont un lieu de découverte, d’apprentissage et formation du chorégraphe. La Flandres, ce mouchoir de poche à l’échelle du monde, réunit depuis 40-50 ans un condensé exceptionnel d’artistes.

Jan Martens, chorégraphe minimaliste

Jan Martens a très tôt perçu pour lui-même d’abord, pour son public aujourd’hui, la puissance du théâtre. En cela, c’est un artiste qui nous intéresse beaucoup. Ses pièces ne sont pas des spectacles dans le sens de ce que font, avec un art maîtrisé, Akram Khan, Angelin Preljocaj, Hofesh Shechter pour parler des chorégraphes de danse contemporaine parmi les plus populaires en France. Ce n’est pas non plus l’exubérance performative, cathartique, d’un Jan Fabre, ni l’esthétique minimaliste d’une Anne Teresa De Keersmaeker.

Dans la forme, il est très simple de décrire le déroulé d’une pièce de Jan Martens. Pour Ode To The Attempt, le synopsis est « Assis devant son ordinateur, Jan Martens vous attend. Il propose de réaliser devant vous une suite de tentatives qui questionnent son art chorégraphique comme sa vie quotidienne ». Chaque tentative est démontée et démontrée de manière simple et efficace. Rien de superflu dans le geste et la parole. Le passage à l’acte est empreint de sincérité et j’apprécie la simplicité de l’échange et de la démonstration. Point trop n’en faut. Autobiographique oui mais sans fioriture, sans manipulation du public dans les sentiments. Jan Martens se dit fasciné par la capacité d’Anne Teresa De Keersmaeker à générer une émotion ou du beau à partir d’un ensemble de gestes mécaniques. Comprendre l’art de son aînée l’a conduit à trouver sa propre voie dans l’expression d’un art minimaliste.

Pour The Dogs Days Are Over, le synopsis est « pièce pour huit danseurs fondée sur le saut, il orchestre un déploiement visuel et géométrique d’une impitoyable inventivité. » L’art de Jan Martens réside dans l’intensité de la relation entre les interprètes et avec les spectateurs. Vous pourrez regarder des vidéos mais seule votre présence dans la salle pourra vous faire éprouver l’humanité qui transpire, qui respire, qui résiste.

Jan Martens invente une chorégraphie qui vous va droit au cœur dans un geste minimal. La dernière pièce que j’ai découverte est Sweat Baby Sweat, un pas de deux que Jan Martens a créé en cherchant à faire le contraire de ce qu’il a appris en danse contemporaine en matière d’équilibre et de gravité pour raconter les différentes phases amoureuses à travers des états de corps. Le regard entre les deux partenaires est aussi important que les mouvements. On ne sait plus qui est le plus épuisé du spectateur ou de l’interprète, qui regarde qui, qui soutient qui ?

Jan Martens, le jeu des tentatives

Il paraît profondément humain en partageant sa fragilité et ses doutes. Sa pièce Ode To The Attempt nous révèle un homme qui accorde à l’audience sa confiance pour partager ses hésitations et ses émotions. Pas de quatrième mur entre lui et nous ! Il nous embarque dans une tentative de show. Une des tentatives est d’inviter un spectateur à monter sur scène vivre un moment d’intimité partagée avec les spectateurs qui regardent, un baiser par exemple. Jan Martens est dans l’empathie même lorsqu’il parle de lui.

Jan Martens, manifeste pour le futur

Face au présent immobile, comment bouleverser les codes pour permettre le changement ? La scène est son théâtre des opérations tant pour les interprètes que pour les spectateurs. Il peut s’y produire des choses plus facilement que dans le quotidien. Monter sur scène est un acte de libération.

Jan Martens est dans une démarche constructive de changement plutôt que de rébellion. À Roubaix, par exemple, il a travaillé avec deux groupes amateurs séparément à l’élaboration d’une même performance pour les faire se rencontrer le soir de la représentation, sur scène. Ainsi il cherchait à ce que les habitants d’un même quartier trouvent un sens et un cheminement à la rencontre.

Avec sa grande création actuelle, Passing The Bechdel Test, Jan Martens donne la scène à treize jeunes (f/x) pour s’approprier les textes d’auteures qui se sont interrogées sur la question du genre et partager avec les spectateurs le fruit de ce travail sur leur propre identité. Lisez la critique de Fabien Rivière pour Espaces Magnétiques, citée par Jan Martens.

Jan Martens, candidat pour le Prix des spectateurs 2020

L’association Les Mécènes de la Danse, créée à l’initiative de Catherine Zavodska en 2015 pour mobiliser la communauté des spectateurs DanseAujourdhui autour du travail d’un chorégraphe lance le Prix des spectateurs #2. Jan Martens a accepté d’y participer. Pour être informé(e) des événements que nous allons organiser (information, rencontres, représentations, vote, collecte), inscrivez-vous à notre newsletter danse.

Catherine Zavodska

Voir des vidéos des créations de Jan Martens

Consulter le site de GRIP, la structure qui porte Jan Martens

Crédits photo du portrait à la Une © Laurent Paillier pour DanseAujourdhui

Voir Sweat Baby Sweat à Vélizy le 15 nov 2019

Voir Passing The Bechdel Test à Cergy le 6 fév 2020

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