Alexander Vantournhout – un regard, une posture – portrait de chorégraphe

Alexander_Vantournhout-portrait-danseaujourdhui©laurent-paillier

Jeune acteur de la bouillonnante scène chorégraphique flamande, Alexander Vantournhout est venu à la danse contemporaine en passant par les arts du cirque et par la pratique de nombreux sports, dont les influences respectives sont manifestes dans ses œuvres. Alexander Vantournhout s’est d’abord dirigé vers des études de cirque. Il a étudié la roue simple (ou roue Cyr), l’acrobatie et le jonglage à l’Ecole Supérieure des Arts du Cirque (ESAC) de Bruxelles. Blessé au poignet, il s’est ensuite orienté vers la danse, en intégrant la prestigieuse école d’Anne Teresa de Keersmaeker, P.A.R.T.S., toujours à Bruxelles.

Cirque, danse… la question s’impose évidemment : comment ces 2 disciplines s’imbriquent-elles aujourd’hui dans son travail ? Laquelle prend le pas sur l’autre ?

 

En plein air, au parc de la Poudrerie à Tremblay le 25 avril 2020

L’objet, un sujet de dialogue

Au sortir de P.A.R.T.S., la première pièce d’Alexander est à l’évidence très inspirée par son expérience circassienne. Dans ce solo, Caprices (2014), sur une superbe musique de Salvatore Sciarrino, on le voit danser en faisant appel à ses talents d’acrobate pour jouer avec une roue simple ou virevolter dans les airs au bout d’une corde…Un dialogue virtuose avec des objets, en lutte contre la gravité, l’attraction du sol.

Mais très vite, d’autres sources d’inspiration apparaissent avec force, en particulier le sport et le rapport aux objets, à ce qu’ils apportent comme prolongements au corps.

L’objet, une prolongation du corps

« L’objet m’a toujours intéressé, j’aime bien travailler avec des objets atypiques et développer une pratique avec eux. L’objet permet de faire des choses qu’on ne pourrait pas faire sans lui, on ne peut pas le mettre à part, il y a une grande interdépendance entre l’objet et l’humain, un peu comme la corde de l’alpiniste dont la vie dépend, il fait vraiment partie de la performance. »

Dans sa seconde pièce, le solo Aneckxander (a neck ’xander, jeu de mot entre neck, le cou en anglais et le prénom Alexander), un autoportrait dansé créé avec la dramaturge Bauke Lievens, les objets permettent à Alexander Vantournhout de « rendre son corps plus parfait », et impactent fortement les mouvements dansés.

« En me regardant 4h par jour dans le miroir de mon école de danse, j’ai réalisé combien mon buste et mon cou sont longs, quand au contraire mes membres – mes bras, mes jambes – sont courts. » Avec des gants de boxe pour allonger ses bras, des bottes à plateforme de 12cm pour prolonger ses jambes et une collerette pour renforcer son cou, Alexander Vantournhout nous présente un nouveau corps « mieux proportionné », même s’il doit bien admettre qu’il devient « beaucoup plus difficile de danser avec tout ça ! ».

Au-delà, il choisit de se présenter entièrement nu, et le crâne entièrement rasé, comme réduit à ses caractéristiques physiques. Tout d’abord pour affirmer la nudité masculine sur scène – rare et « compliquée » pour les programmateurs, là où la nudité féminine est acceptée depuis longtemps. Ensuite pour effacer les repères masculins/féminins, afficher un corps « stérile », comme un animal de laboratoire, pour que le spectateur perçoive mieux les proportions, qui justement ont été modifiées.

Et le performer lui-même ressent fortement ce corps transformé qu’il faut apprivoiser, ces extensions avec lesquelles il faut apprendre à danser et dont il faut maîtriser le pouvoir cinétique.

Autre rapport à l’objet dans son duo Raphaël, dansé avec Raphaël Billet, dont le corps devient l’objet, l’accessoire avec lequel danse Alexander Vantournhout – comme on danserait avec un « cadavre vivant ».

L’objet, la règle du jeu

Avec sa création Screws, Alexander Vantournhout poursuit sa recherche d’interdépendance du danseur avec les objets, mais aussi avec les autres membres de la troupe avec beaucoup de jeux d’équilibre, de contrepoids. L’interdépendance vient de ce que les figures ne peuvent pas être réalisées par un performer seul, il a toujours besoin de son partenaire. On crée ici un « nouveau corps » à deux, et si on tombe, on ne sait jamais à qui en incombe la faute, qui devient une faute du système plus qu’une faute personnelle. Voir un extrait-vidéo

En plein air, au parc de la Poudrerie à Tremblay le 25 avril 2020

Alors, cirque ou danse ? Aujourd’hui, la question est moins prégnante, et Alexander Vantournhout explique se diriger toujours plus vers la danse : « Je ne me pose plus vraiment la question, car je vieillis, et déjà le corps est peut-être moins capable donc je crois que mon vœu c’est de m’orienter plus vers la danse… ».

Ainsi de son nouveau duo avec Axel Guérin, à découvrir en juin aux Subsistances de Lyon, ou de la nouvelle pièce en cours de création pour 2021, avec 5 danseuses sur scène, sans circassiennes…

Richard Fuehrer

Président de l’association Les Mécènes de la Danse

Voir les dates de tournée sur le site du chorégraphe

Alexander Vantournhout, candidat au Prix des spectateurs DanseAujourdhui #2

L’association Les Mécènes de la Danse, créée à l’initiative de Catherine Zavodska en 2015 pour mobiliser la communauté des spectateurs DanseAujourdhui autour du travail d’un chorégraphe lance le Prix des spectateurs #2. Alex a accepté d’y participer. Pour être informé(e) des événements que nous allons organiser (information, rencontres, représentations, vote, collecte), inscrivez-vous à notre newsletter danse.

Sortie groupe le 25 avril au parc de la Poudrerie, Tremblay-en-France, pour voir Screws et rencontrer Alexander Vantournhout

 

Crédits photo du portrait à la Une © Laurent Paillier pour DanseAujourdhui

0 Commentaires

Répondre