Aurélien Bory

L’art de l’espace
La scène est un espace. On peut le délimiter comme le rectangle du plateau et le volume d'air correspondant. Cet espace est le seul support de l'art où l'on ne peut échapper aux lois de la mécanique générale. Cette spécificité est importante. Les corps, les objets sont soumis à la gravité sans échappatoire possible. Ma proposition est de saisir les moyens du corps et les moyens du plateau, quels qu'ils soient, pour envisager ce problème. Le corps, l'objet sont pertinents pour parler de gravité. La relation entre l'individu et l'espace, avec tout ce qui la compose, constitue alors ce qui m'intéresse d'aborder sur un plateau.
Notre théâtre appréhende la scène en tant qu'espace physique et y inscrit des actions physiques. L'acteur est étymologiquement celui qui fait. Une pièce est une série d'actions. Au cirque, l'extraordinaire est annoncé. Au théâtre non. Il s'invite par surprise. Dans l'idée du cirque, on vient voir l'être extraordinaire, alors qu'au théâtre, c'est notre semblable que l'on regarde. La scène est un monde. L'acteur se situe dans cet espace, et l'interrogation porte sur la place de l'homme dans le monde. Je pars de la relation entre ces deux éléments : l'espace scénique comme monde, et les acteurs comme figures de l'homme ordinaire.
La question de l'espace pose celle de la limite. La limite est l'inconnue même. Elle aiguise notre sens de la découverte. Elle incarne l'endroit de la création. Notre théâtre est traversé par plusieurs disciplines, cirque, danse, arts visuels, musique, mais notre intérêt pour le renouvellement de la forme, pour l'indéterminé, est plus grand que l'appartenance à une discipline quelle qu'elle soit. Je préfère que la forme s'échafaude à la lisière des choses.
Je travaille à partir de contextes différents. Toutes mes collaborations s'envisagent de cette manière : une hybridation de pratiques ayant un champ de convergences. Chaque création s'inscrit ainsi dans la rencontre avec un autre contexte: celui d'un artiste, d'un lieu, d'une pratique, d'un milieu. Dans chaque cas, la démarche reste la même : c'est dans le déplacement des choses qu'on peut les amener aux bords, à l'endroit du questionnement.
Texte de Aurélien Bory, septembre 2010

Repères
2000 Fonde la Compagnie 111 avec Olivier Alenda, et création d’IJK 2003 Création de Plan B en collaboration avec Phil Soltanoff 2003 Met en scène Erection de et avec Pierre Rigal 2004 Création de Taoub avec le Groupe Acrobatique de Tanger 2005 Création de Plus ou moins l'infini en collaboration avec Phil Soltanoff 2006 Met en scène Arrêts de jeu de Pierre Rigal 2007 Création de Les Sept Planches de la ruse avec des artistes de Dalian 2008 Création de Questcequetudeviens? pour Stéphanie Fuster 2009 Création de Sans objet, pièce pour un robot et deux acteurs 2011 Création de Géométrie de caoutchouc, pièce pour un chapiteau 2012 Création de Plexus pour Kaori Ito

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